Innover en biologie

Ce sont plusieurs années, voire plusieurs décennies, qui peuvent s’écouler entre une découverte fondamentale et une application présentant une utilité réelle.

Certaines découvertes fondamentales n’ont cependant pas toujours d’application concrète finale, tout en ayant un apport scientifique très important.

Recherche et innovation

Le terme recherche est large et se découpe en réalité en plusieurs étapes ou aspects :

– la recherche fondamentale permet des découvertes parfois révolutionnaires ou des connaissances sur l’être humain, le système physiologique, des mécanismes pathologiques. Mais elle est menée sans objectif ni but réellement précis. C’est paradoxalement ce qui en fait sa force et particularité : tout est ouvert, possible et sans limite.

– la recherche appliquée (ou recherche clinique ou biomédicale en santé) s’appuie sur des connaissances fondamentales mais avec un objectif précis : lien de cause à effet, preuve de concept, validité clinique…

– la recherche « translationnelle », qui existe depuis plus de 20 ans,  crée un lien, une passerelle entre la recherche fondamentale et accélère le passage à la recherche appliquée. Et ce en permettant un travail rapproché d’équipes d’horizons diverses (souvent partenariat public-privé) et ainsi d’accélérer l’application concrète pour le malade.

– l’innovation résulte de tout ce processus à long terme, et se caractérise par une étape d’industrialisation vers les clients. L’innovation est concrète, utilisable, et a, par définition, son marché, son marketing, son design, son ingénierie.

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Innover en biologie médicale

Si les laboratoires de biologie médicale accompagnent la recherche translationnelle ou biomédicale,  ils interviennent  essentiellement au stade de l’innovation concrète.

Les laboratoires ont pour mission d’améliorer la prise en charge des patients (diagnostic, prévention, prédiction, suivi). Dans ce cadre les biologistes se doivent donc d’identifier des tests ou technologies nouvelles répondant à cette mission.

Deux principaux critères président à leurs arbitrages pour décider ou non d’une innovation :

– mon innovation apporte-t-elle plus de moyens au clinicien ? En effet pour rappel le médecin a une obligation non pas de résultats mais de moyens : lui mettre ainsi à disposition de nouveaux outils aide donc le médecin dans sa mission quotidienne

– mon innovation améliore-t-elle la prise en charge du patient ?

Un test ne répondant pas à l’un au moins de ces des deux critères ne serait pas considéré par un LBM comme une innovation.

A l’inverse le biologiste doit identifier le plus en amont possible le test innovant qui répondra à ces critères et qui changera la façon de prescrire du clinicien et modifiera favorablement le parcours de soin du patient. Il s’agit pour cela d’un échange régulier avec les fournisseurs (robotisation, praticabilité d’un test, faible volume de sang ou matrice biologique accessible, …), avec des centres médicaux ainsi que de veille en congrès et bibliographique. C’est aussi pour le biologiste avoir une vision de l’avenir et de l’évolution de l’environnement en santé.

La mise en place dans le laboratoire et son intégration en routine demande plusieurs semaines à plusieurs mois selon le type et niveau de complexité du test : choix de la technique, choix du réactif, choix du logiciel informatique, sélection d’une population d’échantillons normaux et pathologiques, qualification du test, choix des algorithmes techniques et décisionnels, transferts informatiques, calculs des valeurs ou seuils de référence, seront les principales étapes incontournables pour valider sur site un nouveau test avant de le proposer de manière fiable au médecin.

Au-delà de la veille technologique et médicale, l’innovation en laboratoire s’accompagne obligatoirement d’une action de formation et d’information aux utilisateurs finaux afin qu’elle soit la mieux utilisée possible ensuite au quotidien. Ainsi les missions d’innovation, de formation et d’information se recoupent elles en laboratoire.

Innover-informer-former : un rôle de santé publique

Selon les tests et technologies innovantes choisies et mises en place, la prise en charge du patient peut s’en trouver partiellement, voire totalement modifiée. Si l’on regarde des tests récents tels que le DPNI, l’exome clinique ou des marqueurs prédictifs de la pré éclampsie mais aussi des tests plus anciens (des marqueurs tumoraux, des tests en infectiologie ou en auto-immunité par exemple) l’impact sur le parcours de soins est important. Diminution des gestes invasifs, baisse d’examens radiologiques ou paramédicaux, modification ou arrêt d’un traitement, organisation d’une hospitalisation en prévision d’une urgence, différentes étapes du parcours peuvent être ajoutées, supprimées ou modifiées en intégrant de nouveaux tests en biologie.

En filigrane de l’amélioration de moyens et de la meilleure prise en charge de la population, se dessine également le plus souvent un impact économique ou pharmaco économique : répartition différente des coûts ou diminution des coûts et dépenses sur la chaine globale du parcours de soin.

Ainsi cette capacité d’innovation en biologie médicale joue aussi bien un rôle majeur en santé et pour un patient donné que d’un point de vue plus global et administratif à l’échelle de la population générale.

Innover en biologie médicale c’est donc un long processus de sélection, de mise en place, d’information mais c’est aussi être acteur en santé publique.