APBM 2023-2024 : Après le fond et la forme, place au terrain !

Alain Le Meur, président de l’APBM.

L’APBM réalise un travail de fond pour donner à la biologie médicale une voix et une image plus claires, plus attractives et qui parlent à tous. Son président, le docteur Alain Le Meur, d’un enthousiasme sans faille, nous détaille le travail fédérateur effectué avec tous les acteurs en 2023 et les ambitions pour 2024.

Biologiste infos : Rappelez-nous qui compose l’APBM et quels sont ses objectifs ; ont-ils évolué ?

Alain Le Meur : Depuis sa création en 2012, l’Association pour le Progrès de la Biologie Médicale (APBM), a pour ambition de promouvoir la biologie médicale, de la faire connaitre et reconnaitre, et d’être force de proposition auprès des instances décisionnaires, des parlementaires et de la société civile en général. Cet objectif n’a pas changé. Ses membres représentent les principaux réseaux de laboratoires de biologie médicale implantés sur le territoire français, ce qui nous permet de représenter plus de 70 % de la profession.

BI : Où en êtes-vous de ces objectifs ?
A. Le M. : C’est un long cheminement, mais je pense que ces dernières années ont marqué un vrai tournant et 2023 a vraiment été une année très constructive. Aujourd’hui, nous sommes connus et reconnus des dif- férentes instances ; nous sommes conviés quand il y a des décisions, des études, des évènements, mais il nous reste encore à travailler pour obtenir les conditions d’une biologie de proximité, capable de répondre aux urgences sanitaires, capable d’innover et dont les missions sont connues de tous les publics : patients, étudiants, presse, ARS, etc.

BI : En quoi 2023 a-t-elle été particulièrement constructive ?

A. Le M. : L’année 2023 a été constructive à deux niveaux. D’une part pour l’APBM elle- même, qui s’est mieux structurée puisque nous avons désormais un secrétaire général en la personne du Dr Chahine Hikmat, une cheffe de projet « data analyst / compliance officer » en la personne de Marine Lacroix et nous sommes en train de recruter un(e) stagiaire pour booster la communication. D’autre part, nous avons effectué un très gros travail de fédération, concertation et pilotage avec l’ensemble des acteurs de la profession (les quatre syndicats, LBI et les membres de l’APBM) qui a abouti à deux ouvrages sur lesquels nous allons bientôt communiquer : un livre blanc de la biologie médicale qui reprend les grandes ambi- tions et missions de la biologie médicale, et l’étude médico-économique réalisée par le cabinet Roland Berger – chiffres 2023 qui ont permis d’avoir des chiffres transparents et argumentés, notamment pour négocier avec la CNAM.

BI : Maintenant que vous avez posé ces bases, quels projets avez-vous pour 2024 ?

A. Le M. : Ces bases sont le point de départ de notre action pour valoriser nos missions, renforcer l’attractivité du métier et participer à construire la biologie médicale de demain. Nous avons fait évoluer notre site Internet en ce sens et 2024 sera réso- lument tournée vers l’attractivité du métier avec des actions de communication que nous sommes en train de développer. Par ailleurs, comme les autres professionnels, nous attendons avec impatience la tenue des « états généraux » promis par Aurélien Rousseau. Nous continuons donc d’être au contact du monde politique pour faire avancer ce dossier. 

BI : Le métier évolue aussi avec les progrès technologiques ; quels sont ceux qui vous ont marqué ?

A.Le M. : Il y’a eu toute la période Covid, qui a fait émerger en quelques semaines la technique PCR. Pendant cette période très particulière, tout est allé plus vite, c’était prodigieux. Alors que la PCR pour le SARS-Cov2 est mise au point en Chine en janvier 2020, elle était chez nous en mars, et alors que seuls les hôpitaux étaient autorisés à le faire au début, les laboratoires privés, devant la masse de travail, ont été autorisés. On a monté les équipements, validé les processus, pu bâtir des sites à l’extérieur en quelques semaines et, en parallèle de cette activité technique et scientifique, toute la logistique et l’organisation admi- nistrative se sont mises en place : systèmes de QR Code, partage avec les ARS, base Sidep, etc. Un an après, quatre laboratoires privés en plus des quatre publics étaient capables de faire du séquençage. Dans cette ambiance très particulière, pour la première fois de toute ma carrière, un patient m’a dit : « Merci docteur pour ce que vous faites. » Plus personnellement, ce qui m’a

marqué est le remboursement du test de Dépistage Néonatal Non Invasif (DPNI) de la trisomie 21 fœtale par l’analyse de l’ADN circulant de la mère ; l’aboutissement d’un travail de plus de 10 ans ! C’est une vraie rupture technologique qui s’accompagne d’un impact très important sur le patient et sur la société. 

BI : Y a-t-il d’autres ruptures technologiques à venir ?

A. Le M. : Énormément ! Déjà, en elle- même, la numérisation induit des évolutions technologiques, mais aussi un changement d’organisation et un réel impact sur le patient. L’IA, les systèmes experts et les data vont révolutionner l’analyse elle-même, en particulier l’oncogénétique et la prise en charge des maladies rares ; avec des enjeux de cybersécurité, d’éthique, et de nombreux défis à relever.

BI : Vous êtes donc enthousiaste et optimiste pour l’avenir ?

A. Le M. : Comment ne pas l’être ? Moi qui ai la chance de pratiquer sur les trois pans de la biologie médicale – une partie science/recherche en assistance médicale à la procréation, une partie urgence et une partie proximité avec le patient – je peux vous dire que le métier est beaucoup plus passionnant qu’avant : plus de missions, plus de responsabilités, plus de vie et de dynamisme, plus d’innovations… tout en étant encadré – grâce à l’accréditation – afin de garantir fiabilité et qualité. C’est une autre dimension ! Cela va être fabuleux à vivre avec les révolutions diagnostiques en cours : ces start-up qui offrent maintenant la mesure de 23 paramètres en 3 secondes dans l’urine ou le test salivaire Endotest® pour l’endométriose ! Une puissance techno- logique incroyable que l’on peut mettre à disposition des patients pour faire de la prévention sur de très nombreux sujets : VIH, IST, détection de l’insuffisance rénale chronique ou des diabètes, etc. Il nous reste maintenant à l’expliquer, à le diffuser pour que des jeunes puissent accéder à ce métier passionnant.

Propos recueillis par Sophie Hoguin

Février-Mars 2024 – Biologiste infos n°128


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