Épargnons la prévention pour réduire les dépenses de santé

Par Alain Le Meur, Médecin biologiste, Président de l’APBM.

Deuxième pays du monde après les États-Unis pour les dépenses de santé, la France leur consacre 11 % de son PIB. Dans un contexte de crise, et au lendemain du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), de nouveaux arbitrages budgétaires se profilent atténuant quelque peu cette sanctuarisation budgétaire de la santé.

Cette réduction des dépenses de santé sans précédent peut transformer le système de soins de notre pays. Devenu un thème de campagne pour les présidentielles et les législatives, le coût de la santé soulève plusieurs questions, qu’il s’agisse d’une médecine à deux vitesses, de la lutte contre les fraudes sociales, ou encore de la hiérarchie des dépenses. Or, les dernières baisses de nomenclature du PLFSS ont frappé plus particulièrement deux secteurs: la radiologie et la biologie médicale.

Décision paradoxale, quand on sait que la prévention n’a toujours représenté qu’une part marginale des dépenses de santé en France. Pourtant, nous ne pouvons que constater les résultats de la prévention en France, pour ne pas dire ses performances, ne serait-ce qu’au regard du nombre de cancers du col de l’utérus ou du sein guéris (plus de la moitié), car pris en charge suffisamment précocement grâce au dépistage. Ne manquons pas, également, de souligner l’effet conjugué des progrès dans le domaine de la prévention grâce aux campagnes publiques d’information et de dépistage, sans oublier l’éducation thérapeutique du patient, dès le plus jeune âge.

À l’inverse, des surcoûts dont les effets ont parfois été contre-productifs, ont été constatés. La surprescription de dosage de vitamine D, dont l’efficience n’est pas médicalement prouvée, en est un exemple. Réduire les coûts de santé ne passe-t-il pas par une appréciation a priori des résultats durables des « services » de santé et des économies de dépenses curatives qu’ils représentent ?

La volonté de renforcer un dispositif préventif et une responsabilisation du patient devrait être au cœur de la réflexion occidentale et française. Prenons exemple sur la médecine chinoise, où la rémunération du médecin est proportionnelle à l’absence de maladie.

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