Mieux vivre sa vieillesse grâce à un suivi biologique

Le vieillissement biologique, aussi appelé « sénescence » implique une détérioration progressive des fonctions de l’organisme au cours du temps. La perception de la vieillesse varie en fonction de chacun et connaît plusieurs définitions. L’OMS retient le critère d’âge de 65 ans et plus. Une définition sociale utilise l’âge de fin d’activité professionnelle, c’est-à-dire 55 – 63 ans. Des épidémiologistes et gériatres estiment que « le vieillissement est un processus qui s’engage très tôt dans la vie ». Enfin l’âge moyen constaté dans les institutions gériatriques est d’environ 85 ans.


Selon le chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale Frédéric Balard, les représentations scientifiques du vieillissement et l’idéal du « bien vieillir » sont dans nos sociétés postindustrielles influencées par le modèle biologique de la sénescence selon lequel bien vieillir équivaudrait à ne pas vieillir. Lorsque le vieillissement n’est pas perçu via le prisme de la biologie, il peut recouvrir une réalité plus positive que l’on retrouve dans les théories anglo-saxonnes du « successful ageing » (R.J. Havighurst) qui reviennent à repousser le handicap, préserver un mode de vie d’un individu d’âge moyen. Les indicateurs retenus pour mesurer le « bon vieillissement » recouvrent la plupart du temps les notions de santé, d’autonomie et de bon fonctionnement physique et cognitif.

L’objectif premier de la médecine dans sa mission curative a toujours été la guérison des malades par le biais de la prescription d’un traitement thérapeutique ciblé pour les garder en vie et dans les meilleures conditions ; cette démarche a prouvé son efficacité en Europe dans l’allongement considérable de l’espérance de vie. L’Ined (l’Institut national d’études démographiques) estime à plus de 30 ans l’allongement moyen de l’espérance de vie en France entre 1913 et 2013, et ce, grâce à l’amélioration des conditions de vie, d’une meilleure éducation ainsi que les avancées des soins de santé et de la médecine.

Il s’agit désormais de se poser la question de savoir si ces années gagnées sont vécues en bonne ou en mauvaise santé, et de quelle façon elles sont vécues par chacun. La biologie médicale est un instrument essentiel au service d’une médecine préventive qui permet aux seniors de mieux vivre les conséquences physiques et cognitives du vieillissement en les anticipant, en permettant un traitement personnalisé pour diminuer certains risques et améliorer ses conditions de vie générales.

Un suivi biologique régulier et rigoureux à mettre en place, en prenant en compte les paramètres propres à la sénescence:

La période de vieillesse, après 65 ans, est le début d’un processus de suivi régulier et indispensable à la permanence des soins et à l’efficacité des traitements.
Certains examens sont à réaliser très facilement chez la personne âgée car ils peuvent révéler des pathologies peu symptomatiques ou de symptomatologie banale ou trompeuse. D’autres examens sont indispensables en particulier l’étude de la fonction rénale pour adapter la posologie de certains traitements chez la personne âgée. En revanche, certains examens sont à réaliser avec prudence car la découverte de certaines anomalies risquerait de faire entreprendre des traitements inutiles ou dangereux, à l’exemple du dosage du cholestérol qui ne doit pas être prescrit en routine après 80 ans. En effet certaines valeurs sont soumises à des variations conséquentes de l’avance en âge et doivent ainsi être évaluées à la lumières d’autres paramètres.

Pour n’en citer que quelques-uns, les examens de pratique courante permettent notamment de :

• Détecter les anémies : sont souvent méconnus chez le sujet âgé du fait de la diminution de l’activité physique, elles peuvent avoir de graves conséquences sur le plan cardiovasculaire.
• Evaluer la fonction rénale : adapter la posologie d’un certain nombre de médicaments (médicaments à élimination rénale, médicaments à métabolite éliminés par le rein, médicaments à toxicité rénale) car les fonctions rénales diminuent drastiquement avec l’âge et à un certain taux d’insuffisance peuvent entraîner des pathologies (rétention d’eau avec œdème, désordre de la chimie du sang, maladies osseuses…) ou une incapacité quasi-totale à l’effort physique.
• Suivre la glycémie et le diabète : l’âge s’accompagne d’une majoration de l’intolérance au glucose se traduisant par une augmentation des glycémies post-prandiales de 0,10g par décennie à partir de 30 ans. Les objectifs ne sont pas les mêmes pour les sujets très âgés pour lesquels il faut surtout prévenir les complications aiguës : déshydratation, coma hyperosmolaire, hypoglycémie et la dénutrition.

Le bilan biologique pour la nutrition chez le sujet âgé:

La malnutrition protéino-énergétique est la plus fréquente des pathologies gériatriques. L’enquête Euronut/Seneca, enquête de référence pour la nutrition des personnes âgées en Europe, montre que 2 à 5 % des personnes de 75 à 80 ans qui vivent à leur domicile présentent une malnutrition et atteint 10 à 30 % pour ceux qui vivent en maison de retraite et de plus de 50% pour les patients à l’entrée à l’hôpital.

 
Une malnutrition protéino-énergétique se définit comme « des apports alimentaires insuffisants pour couvrir les besoins nutritionnels d’un patient. » On peut mesurer les conséquences de ce déséquilibre sur le poids ou sur des constantes biologiques. Le diagnostic doit associer, à tout âge, plusieurs critères (clinique, anthropométrique, physiologique, biologique) parmi les éléments de mesure du statut nutritionnel. En gériatrie, ce diagnostic est particulièrement difficile car les différents éléments qui le permettent sont tous modifiés au cours de l’avance en âge et/ou par les multiples pathologies qui caractérisent le sujet âgé malade.

Les dosages biologiques des protéines sériques (protéines contenues dans le sérum ou plasma sanguin, la partie liquide du sang) sont utilisés en routine dans la plupart des services hospitaliers gériatriques et commencent à être utilisés en médecine de ville. Quatre protéines sont utilisées :

• L’albumine et la transthyrétine : pour évaluer le statut nutritionnel protéique.
• La CRP et l’orosomucoïde : pour quantifier l’inflammation aiguë et chronique.

Dans sa stratégie de prise en charge en cas de dénutrition protéino-énergétique chez la personne âgée datant de 2007, l’HAS recommande une fréquence de dépistage chez la personne âgée de :

• 1 fois par an en ville
• 1 fois par mois en institution
• Lors de chaque hospitalisation
Catégorisé par la HAS, le sujet âgé est, plus que le sujet jeune, soumis à un panel de facteurs à risques qui en font un candidat idéal à la dénutrition : les risques psycho-socio-environnementaux (isolement, deuil, maltraitance…), les traitements médicamenteux à effet secondaire (polymédication, médicaments entrainant des troubles digestifs, une anorexie…), les troubles bucco-dentaires, les régimes restrictifs, les syndromes démentiels et autres troubles psychiatriques. Ainsi, il est fondamental d’assurer un dépistage de la dénutrition et de la malnutrition car elle constitue un problème majeur de la gériatrie du fait de sa fréquence chez le sujet âgé, et de ses conséquences sur la mortalité.

La biologie médicale au service de l’amélioration de la qualité et la sécurité du traitement médicamenteux chez la personne âgée:

L’âge et la polypathologie majorent les risques de sous-traitement, de iatrogénie médicamenteuse (effets indésirables graves de certains médicaments) et de faible observance. L’impact sanitaire des EIM (événements indésirables liés aux médicaments) en fait un des axes de priorités de santé publique en raison de leur fréquence et de leur gravité.
Une majorité (50 à 70 %) des événements indésirables résultant d’une prise en charge inappropriée sont considérés comme évitables. La Haute Autorité de Santé estime qu’un suivi médical (clinique et biologique) insuffisant ou des modalités de gestion des traitements inadaptées sont responsables de plus de la moitié des EIM graves.

Les facteurs de risque d’EIM sont :
• La polypathologie et la polymédication qui concernent au minimum 10 % de la population française des 75 ans et plus.
Un défaut de surveillance médicale, clinique et biologique (anticoagulants, antihypertenseurs…),
Des modalités de gestion des médicaments inadaptées aux capacités du patient.

Par exemple, dans le cadre de la surveillance biologique des patients âgés sous traitement anticoagulant, un bilan biologique comprenant notamment une évaluation de la fonction rénale est impérative avant l’instauration d’un traitement héparinique. Une surveillance biologique de l’activité anti-Xa est recommandée chez le sujet âgé traité par héparine de bas poids moléculaire à dose « curative », en prenant en compte le dérivé héparinique prescrit.

La prescription d’anticoagulants implique un bilan biologique prélevé idéalement avant l’instauration du traitement ou dans les 24 premières heures, comprenant une numération formule sanguine (NFS), un bilan d’hémostase (TP, TCA, fibrinogène) afin de dépister une éventuelle anomalie acquise (présence d’un anticoagulant lupique, hypovitaminose K…), l’évaluation de la clairance de la créatinine à l’aide de la formule de Cockcroft (voir a), et ceci en l’absence de déshydratation aiguë, et enfin un bilan hépatique.

Les recommandations sont nombreuses avant d’entreprendre la prescription du traitement thérapeutique de la personne âgée et les valeurs biologiques, à manipuler avec prudence. Un suivi régulier prenant en compte l’ensemble des spécificités de la personne est indispensable pour assurer une vie confortable en bonne santé.

Recherche des mécanismes de la vieillesse, recherche d’immortalité ?

La recherche en biologie médicale permet des avancées considérables dans la découverte du vieillissement, dont les causalités n’ont pas encore été clairement élucidées. L’un des principaux mécanismes connus du vieillissement résulte de la formation, au cours du métabolisme, d’oxydants, dont les radicaux libres. Ce processus d’oxydation peut endommager n’importe quelle partie de la cellule, comme les mitochondries qui sont le siège du métabolisme ou l’ADN, siège de l’information génétique. Les progrès de la recherche ont permis de reconnaître le rôle important des facteurs génétiques, des altérations du fonctionnement cellulaire, ou encore le rôle des modifications du métabolisme des protéines telle la glycation, découverte par le chimiste français Louis Maillard.

Le docteur Gilles Pison, directeur de recherches à l’Institut national d’études démographiques estime que « quand les gains à attendre de ces progrès seront épuisés, la hausse de l’espérance de vie ne pourra se poursuivre que si on gagne sur d’autres terrains. Il n’est pas exclu que l’on découvre des molécules retardant le vieillissement biologique, ou que l’on puisse guérir des maladies grâce à des thérapies géniques. ». A l’horizon 2020, des chercheurs prévoient déjà le développement de thérapies pour réduire l’oxydation des cellules, responsable du vieillissement. Le cœur de ces recherches porte sur les mitochondries, ces petits organites présents dans les cellules, dont elles constituent le réacteur énergétique. En maintenant ces mitochondries dans un état sain, les chercheurs pensent pouvoir endiguer la mort des cellules, voire les rajeunir. Cela peut passer par l’injection d’une molécule spécifique (NAD) ou l’activation de certains gènes. En laboratoire, des souris ont retrouvé une vigueur musculaire de souriceau et gagné 40 % de vie en plus grâce à ces techniques.

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